Brève interview avec Valeska Grisebach 0


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Après une interview plus longue qu’elle nous avait accordée à Paris avant la sortie de son dernier long-métrage, Western, avons pu nous entretenir une seconde fois avec la réalisatrice Valeska Grisebach à l’occasion de la table ronde organisée le 19 février 2018 à la Soho House de Berlin par Variety, en partenariat avec German Films.

 

Quel bilan tires-tu de l’aventure que tu as vécue avec Western jusque-là (projections en festivals, prix,…) ?

Tout d’abord, c’est très beau pour tout le monde qui a travaillé sur ce film, pour Meinhard, pour l’ensemble de l’équipe, d’avoir pu voyager avec ce film et de recevoir tous ces retours positifs. Pour moi c’est toujours un moment particulièrement émouvant quand le film vit sa propre vie, après tout ce travail de post-production – avec Bettina Böhler sur le montage, notamment. L’œuvre construit sa propre réalité et on peut « lui dire adieu. »

 

Mein Stern était une forme de teen movie, Sehnsucht un mélodrame sobre et Western raconte l’histoire d’un homme qui a déjà vécu un certain nombre d’aventures, et qui est arrivé à un moment décisif de sa vie. As-tu la sensation d’avoir réalisé une forme de trilogie sur la masculinité à différentes périodes de la vie ?

Pas intentionnellement en tout cas. On peut dire que ma propre vie est devenue synchrone avec celle de mes personnages. Je vieillis, mes héros vieillissent ! En ce qui concerne l’étude de la masculinité, j’ai toujours eu un grand intérêt pour les héros masculins, je les trouve plus intéressants – ce qui n’est pas sans lien avec le fait que l’histoire du cinéma appartient plutôt aux hommes. La question que je me pose est la suivante : comment, en tant que femme, puis-je parvenir à m’emparer de cet état de fait, à en faire quelque chose qui m’appartienne ?

 

Travailles-tu actuellement à l’élaboration d’un nouveau projet ?

Malheureusement, ma réponse va être décevante : je commence tout juste à réfléchir à un nouveau projet !

 

En lien avec la table ronde organisée par German Films qui s’est terminée il y a quelques minutes, comment décrirais-tu la situation actuelle de l’industrie cinématographique en Allemagne ?

Je trouve qu’il y a vraiment beaucoup de réalisateurs et de réalisatrices intéressants, bien que l’industrie soit pour ainsi dire coupée en deux ; il y a une sorte de séparation entre deux régimes de production que je trouve moins intéressante. D’une façon générale, je pense que l’industrie cinématographique allemande a besoin de se libérer un peu, d’aller vers plus de risques au lieu d’être animée par l’ambition de devenir exportable à l’international. Par ailleurs, je trouve que les chaînes de télévision ont trop d’emprise sur la production des films ; par exemple sur Western, même si j’ai en fin de compte eu de la chance, j’ai dû faire face au report d’un financement consenti par une chaîne de télévision et décaler en conséquence le début du tournage prévu en Bulgarie. La dénomination « d’école de Berlin » est certes désormais un peu dépassée, mais on peut encore sentir beaucoup d’agressivité contre les réalisateurs qui s’y rapportent de près ou de loin – malgré le succès critique ou public que leurs films peuvent rencontrer. Ce serait bien si la façon dont nous sommes perçus en Allemagne pouvait être un peu plus détendue et moins figée.

 

Interview réalisé à la Soho House à Berlin le 19 février 2018. Photo : Maël Mubalegh.

 

 

 

 

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