Critique « 2 days in New York » de Julie Delpy 0


La comédienne et réalisatrice française livre une comédie métaphysique réjouissante et enlevée. En confrontant l’Amérique prude et soucieuse du respect (d’autrui, de la loi) et sa famille (génial Albert Delpy) française dans tout ce que peut recouvrir cet adjectif, Marion se lance dans une aventure périlleuse le temps d’un week-end. Certes, ce film ne demeurera peut être pas à jamais ancré dans nos mémoires de cinéphiles (à l’inverse du sublime « La comtesse », 2006) mais il a au moins pour vertu de nous faire partager de beaux moments éphémères en compagnie de cette famille pour le moins décalée. Le point fort du film est l’énergie qui circule d’un bout à l’autre des plans, souvent frénétiques, entre les acteurs, dans les dialogues qui fusent, et que l’on imagine avoir été souvent improvisés, un peu à la manière de Pialat (À nos Amours). Cette frénésie, cette vitesse et cette fluidité de mise en scène semblent faire écho à la vision de New York que Julie Delpy souhaite nous faire partager dans son film: une ville en perpétuel mouvement, où, si le passé peut refaire surface (les disputes entre les sœurs, leur rancœur qui surgit parfois, l’évocation de la jeunesse du père) il n’y a pas vraiment de place pour la nostalgie ou les ressentiments. On va sans cesse de l’avant, on s’effrite, on chamaille, on crée dans un joyeux bazar, dans une ivresse désordonnée, parfois hystérique, mais toujours accueillante pour le spectateur. Enfin, et c’est la meilleure idée de film, Marion, caricature de l’artiste conceptuelle, ira même jusqu’à vendre son âme (comme Klein avait vendu un m3 d’air de la Seine, avant d’y jeter l’argent reçu lors de la signature du contrat) à un anonyme… Qui n’est autre que Vicent Gallo himself. On aura alors droit à un très beau moment de paranoïa (caméra à l’épaule, Julie Delpy filmée en grand angle) et de métaphysique, avant que plus tard, Marion ne rentre essouflée chez elle, après s’être battue contre l’acquéreur de son âme… Qui l’a mangée sous ses yeux. Enfin, « 2 Days in New York » c’est une brillante réflexion sur la vie en couple et en famille (mais aussi, entres autre sur l’art, la mort et la maternité): où s’arrête l’une et où commence l’autre ? Quelles en sont les limites ? Autant de questions auxquelles répond partiellement la réalisatrice à travers une voix off (en français) et des scènettes où des marionnettes s’animent dans un théâtre en tissu.

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