Critique « Orage » d’August STRINDBERG 0


August Strindberg, dramaturge suédois (XIXe-XXe) est célèbre pour sa pièce Mademoiselle Julie. Néanmoins, la part de son œuvre dite du théâtre de l’intime reste relativement connue. C’est à cette veine de l’œuvre de Strindberg qu’appartient « Orage », puisque c’est la première écrite pour le théâtre de l’intime à Stockholm en 1907. C’était la première fois que je lisais du Strindberg et je dois avouer que cela m’a bien plu. La pièce étant relativement courte, elle est d’autant plus intense et marquante. Si le début est un peu ennuyeux, avec ses didascalies et indications scéniques (surtout pour les décors) interminables, propres au théâtre moderne, l’amorce quelque peu plate se transforme ensuite en remarquable pièce de théâtre. « Orage » c’est tout d’abord un lieu. « La maison du silence » comme l’appellent ses habitants, car ils ne se connaissent pas entre eux. Le monsieur a décidé d’y rester, en compagnie de sa bonne Louise, au lieu de partir à la campagne pour l’été comme il en convient. Il vit au rez-de-chaussée, dans l’appartement qu’il occupait auparavant avec sa femme qui l’a quitté. Le locataire du premier étage est décédé, et de nouveaux arrivants occupent les lieux depuis peu. Et la maison, trônant sur scène, vit au gré des lumières, des mouvements de ses habitants et de la vie. Mais quels secrets, quels souvenirs recèle-t-elle, justement, cette maison du silence ? Le monsieur se complaît dans un état d’apathie qu’il nomme pompeusement vieillesse. Dans son appartement, il n’a rien changé quant au mobilier depuis le départ de sa femme. Il passe son temps à contempler des photos de sa femme et de sa fille. Or, un jour, son frère découvre que les habitants du 1er étage ne sont autres que son ancienne femme et sa fille, venues habiter avec le nouveau mari. Les retrouvailles, inévitables, sont douloureuses: Le Monsieur ne reconnaît plus son ancienne femme (qui le presse pour qu’ils se remettent ensemble) : depuis toutes ces années, comparées à celle de la photographie qui trône sur sa cheminée, elle est une étrangère. Quant à sa fille, elle le considère comme un oncle. On comprend donc que Strindberg nous livre une pièce à la fois sur le passé, son difficile oubli (avec le Monsieur qui vit dans la nostalgie et l’apathie) et sur les rapports conjugaux complexes. Le Monsieur s’ennuie finalement de la solitude de son présent et appréhende le futur. Strindberg complexifie les relations avec ses personnages, et multiplie les points de vue puisque chacun a sa vérité sur les événements qui se sont produits. À la fin de la pièce, Le Monsieur décide qu’il va oublier les souvenirs, mais on ne sait pas s’il y arrivera ou non.

Asghar Farhadi, qui a débuté sa carrière au théâtre, s’est probablement inspiré de pièces scandinaves pour son dernier film « Le Passé« . En effet, la maison dans le film a le même rôle que celle dans « orage » de Strindberg: c’est le lieu où convergent et se heurtent toutes les temporalités. On peut également trouver des ressemblances avec « Hedda Habler » d’Ibsen: dans les deux pièces, c’est le retour d’un élément du passé (dans « Orage » la femme du Monsieur, dans « Hedda Gabler », un amour de jeunesse et dans « Le Passé » l’arrivée d’Ahmad) qui provoque le désordre et le trouble.

Laisser un commentaire

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *

Vous pouvez utiliser ces balises et attributs HTML : <a href="" title=""> <abbr title=""> <acronym title=""> <b> <blockquote cite=""> <cite> <code> <del datetime=""> <em> <i> <q cite=""> <strike> <strong>