Critique « Stoker » de Park Chan Wook 0


« Stoker » ou « Smoker » ? On se demande si Park Chan Wook a bien nommé son film, dont les fragments insignifiants s’envolent en volutes de fumée dans l’esprit du spectateur quasi instantanément.

Entre les inrocks qui faisaient l’éloge du film, télérama et le monde qui ne l’avaient pas appréciés, « Stoker » semblait être un de ces films qui divisent violemment leur public. Le film étant à l’affiche depuis mercredi dernier à la petite salle arts et essais de ma ville. J’ai décidé d’y aller pour le faire mon avis. Et force est de constater que je suis plus proche de télérama et du monde, malgré toute la bonne volonté (d’élève de 1ère S fatigué après des nuits blanches passées à réviser pour des contrôles !) pour m’accrocher à ce très mauvais film. Ça commence plutôt bien. Les scènes s’enchaînent assez laborieusement, mais rien comparé à ce qui va suivre pendant la majorité du film. L’histoire, à défaut d’être passionnante, accroche l’attention du spectateur suffisamment pour ne pas perdre le fil de l’histoire. On décèle même quelques belles scènes et de bonnes idées (celle des chaussures, la première fois à la cave, le plan séquence-travelling de la première soirée avec l’oncle). Mais justement. C’est à partir de l’arrivée de l’oncle que le film part complètement en sucette, si j’ose dire, divaguant sur le territoire incertain d’une ébauche-que dire-d’un brouillon de film, indigeste, surligné, effectuant sans cesse des retours en arrière et des bonds en avant. Si bien qu’on a réellement l’impression que Park Chan Wook, en partant du scénario complètement désordonné et paresseux de Wentworth Miller, a filmé dans tous les sens, sans savoir exactement ce qu’il filmait, sans un réel projet. Ou tout simplement un projet complètement bâclé dont on se demande encore pourquoi et surtout comment la Fox est parvenue à financer et à produire, tant il relève par moments d’une œuvre abstraite, oscillant entre clip musical et film destiné a être projeté dans des expositions d’art contemporain. Cette approximation du travail préparatoire convient parfaitement à des cinéastes de la trempe de Pialat, Varda, Bercot, ceux qui saisissent des accidents, des instants de spontanéité, hors du jeu des acteurs. Mais pour un thriller psychologique qui revendique Hitchcock et de Palma comme influences, non, décidément, ça ne va pas du tout, seule une précision à la fois du scénario et du storyboard, bref, tout le travail en amont du tournage, peuvent servir des films de ce genre, et surtout de cette ambition. Les digressions du réalisateurs s’avèrent incongrues, laborieuses, perdant le spectateur (on a l’impression de voir des fragments disparates de film destinés à être remontés, bref, des rushes). Il se livre également au démonstrativisme, épuisant, à de nombreuses reprises (la scène de la douche), alors que depuis Barbey d’Aurevilly dans la littérature et Polanski dans le cinéma on sait qu’horreur à moitié dissimulée, décuplée est la terreur du public. L’histoire quand à elle, ne justifie pas la forme grandiloquente du film, au contraire, elle annihile tout ce qu’on avait éventuellement pu (bien que le film soit terriblement soporifique du fait de sa forme) ressentir comme émotions. Il aurait fallu plus de pêche, plus d’insolence, une verve cinématographique qui mêle savamment horreur, humour et drame, comme savent si bien le faire Hitchcock, Polanski et De Palma (ces deux derniers ayant livré de très grand films teintés de baroque, ambition visible et ratée de « Stoker »), pour ce film visiblement satisfait de sa médiocrité. La vision sans cesse dramatique de l’événement le plus anodin plombe tout et aboutit à un film boursouflé qui ne communique plus avec son public. Un comble pour un film qui se revendique thriller hitchcockien, lorgnant chez de Palma ! L’accompagnement musical est de plus totalement incongru et certaines scènes d’une inutilité flagrante. Quant à ce qu’on retient de « Stoker », c’est vraiment d’une simplicité et d’une suffisance agaçantes: tout ce pataquès pour une histoire débile d’initiation adolescence, du passage de l’adolescence/enfance à l’âge adulte et du trouble des sentiments. Certains cinéastes l’avaient déjà traité, en mieux, et surtout avec une optique totalement différente, qui évidemment, change tout (Sofia Coppola, Aronofsky, Hansen Løve…). On sauvera tout de même l’interprétation: Nicole Kidman crève l’écran, as usual (la scène du monologue est une des moins ratées et grâce à Kidman, émouvante), quant à Mia Wasikowska, elle se démène (avec talent) avec son brouillon de personnage à peine esquissé, à peine pensé, profondément caricatural, et Matthew Goode fait (vraiment) ce qu’il peut. Mais tout cela ne parvient pas à sauver ce qui demeurera certainement un sommet de vanité « cinématographique » (si tant est que l’on puisse qualifier de cinématographique cet objet immonde non identifié) de 2013. J’espère ne rien voir de pire.

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