Dans un autre pays 0


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Hier soir, je suis enfin allé voir le nouveau Hong Sang-soo au cinéma, Seule sur la plage la nuit. Au Reflet, séance de 19 heures 55. Étonnamment, beaucoup de monde, toutes générations (ou presque) confondues. Je n’ai pas vu énormément de films de HSS, mais celui-ci m’a plutôt beaucoup enthousiasmé; je l’ai trouvé en tout cas plus tenu et plus touchant que Yourself and Yours sorti l’année dernière avant Le Jour d’après, et qui m’avait semblé trop engoncé dans sa mécanique scénaristique.

Bien sûr, il y a Kim Min-Hee, quasiment de tous les plans et au charme irrésistible. Mais ce qui me plaît de plus en plus dans le cinéma de HSS, c’est peut-être tout simplement la place de la caméra. Au départ, on peut tiquer face aux zooms très flagrants et parfois un peu heurtés, à la fluidité très relative des mouvements de caméra. Mais les films se succédant, il me semble que la caméra apparaît comme un personnage à part entière du récit : un œil aux aguets, prêt à bondir (avec tact et douceur) sur les acteurs et les figures présents dans le plan, toujours sur le point de faire basculer le cours de la narration. L’une des plus belles scènes de In Another country, l’un de mes Hong Sang-soo préférés, où le personnage d’Isabelle Huppert se dispute avec un homme autour d’un verre de saké, est dynamitée par le bond que fait l’actrice au moment où on s’y attendait le moins : alors qu’elle était assise en face de son interlocuteur, elle grimpe sur le banquette et la caméra la suit dans sa modeste ascension pour ne plus la quitter, alors que le dialogue animé se poursuit.

Ce n’est donc pas pour rien que les personnages de HSS, quand ils ne sont pas effectivement observés dans le cadre de l’intrigue (comme Yeong-hee, réveillée par l’assistant-réalisateur vers la fin de Seule sur la plage…), ressentent la proximité d’une instance qui les scrute (ce dont on avertit l’un des personnages campés par Isabelle Huppert dans In Another country). La caméra, chez Hong Sang-soo, est en fin de compte dotée d’un pouvoir de transfiguration du réel; de dépaysement, alors même que les récits sont le plus souvent circonscrits à une géographie restreinte, en tous les cas rudimentaire.

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