Déambulations 0


DADTBE

Globalement assez déçu par les œuvres de jeunesse de Wim Wenders vues ou revues récemment : beaucoup de prétention (Au fil du temps, L’Ami américain) alliée à un manque de précision dans la mise en scène et le montage qui contamine par instants les quelques films réussis voire très bons (Alice dans les villes, Faux mouvement). Au milieu de ces deux pôles grossièrement définis, un objet non identifié : L’Angoisse du gardien de but au moment du penalty (1972). A priori, le film cumule beaucoup trop de tics auteuristes, poseurs, pour intéresser un tant soit peu : mouvements de caméra parfaitement exécutés mais qui paraissent souvent gratuits, montage qui fragmente ce qui s’imposait comme des blocs de continuité (avec pléthore de fondus au noir), lenteur qui semble plus affectée que réellement nécessaire. Et pourtant, dans cette forme rigidifiée par la lourdeur des intentions, le récit parvient à s’écouler librement en fixant son cap, comme s’il prenait plaisir à se poser des obstacles pour mieux les surmonter. Wenders se plaît visiblement à jouer sur des échos visuels, à tirer vers l’abstraction le parcours de son personnage de la ville à la campagne, du terrain de foot aux routes interminables. Dans la première partie, Wenders filme son acteur plongé dans l’obscurité des salles de cinéma, absorbé par la lumière de l’écran, et il paraît lui-même comme sorti de cette obscurité-là ; il a quelque chose du vampire. Puis derrière des vitres, toujours, partout, comme une manière de dire, à travers ces écrans de fortune, que « du cinéma » naît potentiellement à tout instant.

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Autres déambulations saisissantes, celles d’Emma Suarez en mère instable dans le dernier film de Michel Franco, Les Filles d’Avril. J’avais manqué ce film présenté l’année dernière à Un Certain Regard lors de sa sortie au cinéma ; je l’ai donc rattrapé avec plaisir en VOD. De Michel Franco je n’avais vu, il y a quelques années, que Despues de Lucia, raillé par beaucoup comme un film « hanekien » mais dont j’ai gardé un bon souvenir, notamment dans sa mise en scène savante et sans fioritures du harcèlement à l’école : un sujet « de société », certes, mais qui était abordé avec un vrai point de vue de cinéaste et sans surplomb moralisateur. Surprise, on avait pu lire sous la plume de nombreux détracteurs de Franco que, grâce à la présence chaleureuse d’Emma Suarez (vue en 2016 dans le Julieta de Pedro Almodovar), son cinéma s’était bonifié avec Les Filles d’Avril. Il est vrai que la légèreté teintée d’une mélancolie sourde avec laquelle Emma Suarez interprète Avril, cette mère célibataire qui vampirise progressivement ses deux filles, permet à un récit a priori très sombre, désespéré dans sa peinture d’une « famille » en délitement, de décoller vers le territoire du conte, comme si tout le film n’était qu’un mauvais rêve. La mise en scène de Franco – pas particulièrement étincelante, loin d’être ostentatoire – fait le reste, entre plans-séquences intelligemment chorégraphiés et plans fixes plus ou moins suffocants.

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