Le western au pas de course 0


wyattmieux1

« Les films de Walsh ne circulent pas beaucoup et sa filmographie est tellement pléthorique qu’il est toujours difficile de monter une vraie rétrospective de son œuvre… » devait me dire plus tard, le même jour, un illustre critique de cinéma. Fort de cette intuition, je m’étais rué à Bercy un peu avant 14 heures pour ne pas rater Les Aventures du Capitaine Wyatt (Distant Drums en version originale) dont j’avais entendu – ou cru entendre – beaucoup de bien. J’ai vu extrêmement peu de films de Walsh, c’est-à-dire que j’ai vu ceux qui me sont tombés sous la main : La Piste des Géants (The Big Trail), superbe fresque où la contemplation prend souvent le pas sur l’action pure; Les Implacables (The Tall Men) qui érigeait le marivaudage aux dimensions d’un grand récit épique et enfin un film considéré comme assez mineur mais au charme certain, La Brigade héroïque (Saskatchewan). Si je ne m’abuse, le point commun de ces trois longs-métrages – au demeurant très différents les uns des autres – est le fait qu’ils ont été tournés en grande partie en décors naturels, généralement dans l’enceinte de parcs nationaux. Résultat : face à ces images, on a l’impression d’être jetés à travers les pages d’un grand livre d’aventure, on perçoit très peu la patine du studio. Je ne suis pas un expert, mais une telle volonté de retranscrire la sensation du monde extérieur sans toutefois tomber dans un extrême mimétisme, me semble assez rare – aussi bien à l’échelle de Hollywood que, plus spécifiquement, en ce qui concerne le genre du western.

Si je devais faire vite et avec les moyens du bord (c’est-à-dire le peu de films de Walsh que j’ai en mémoire), je dirais que Distant Drums porte la belle ambition de conserver la ligne d’observation de The Big Trail, a priori peu compatible avec l’impératif du suspense, des péripéties d’un récit classique, mais qu’il dynamite cette veine contemplative par un sens borné du rythme et de la composition. À ce titre, il est assez significatif que les visions brutalement documentaires d’animaux sauvages qui frappent de subjugation le Marine Richard Tufts lors de sa première traversée, viennent dans la suite du film perturber le bon déroulement de la fuite (les alligators qui dévorent tout cru un soldat), se transformant au passage en éléments véritablement constitutifs du plan. Le film ressemble alors tour à tour à une planche de Tintin – la ligne claire, la netteté de l’action – et à un récit infernal pré-herzogien, où la précision du découpage est comme dégradée par le climat moite de la jungle qui déteint sur lui. Je ne sais pas vraiment quel aspect l’emporte ici, finalement est-ce peut-être quand même l’action, mais alors une action sommée de se mettre au pas de course pour que l’on puisse apprécier ce qu’elle abandonne dans sa fuite – la tension d’un face-à-face, une séance de rasage, un serpent très docile. Et j’ai déjà envie de le revoir.

Illustration réalisée par l’auteur de ces lignes.

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