L’Enfance, empire de la cruauté 0


Sammy

Il y a presque un an, j’avais interviewé Charlotte Garson à propos de Mandy, d’Alexander Mackendrick (1952) qui avait fait l’objet d’une ressortie en copie restaurée.

Mandy raconte l’histoire d’une petite fille sourde-muette dont le handicap bouleverse l’équilibre du couple formé par ses parents. Sa mère, contre l’avis de son mari, inscrit Mandy dans une institution spécialisée au sein de laquelle elle va progressivement retrouver un contact perdu avec le monde : https://www.critikat.com/actualite-cine/critique/mandy/

mandy

Disponible depuis hier, un coffret édité par Tamasa rassemble trois films du réalisateur qui, de près ou de loin, abordent la question de l’enfance : hormis Mandy, donc, on peut y découvrir The Maggie (1954) et Sammy going South (1963) dans de belles copies remasterisées.

Dans les bonus, Charlotte Garson revient, dans un exposé passionnant, sur la carrière d’Alexander Mackendrick et plus spécifiquement sur la question de l’enfance dans sa (courte) filmographie : « Aucun des personnages d’enfants d’Alexander Mackendrick n’est sentimental », déclare-t-elle notamment, ce à quoi les trois films du coffret apportent une belle confirmation.

charlotte_tamasa

A cet égard, le film le plus marquant (peut-être plus encore que le déjà très extrême et plus connu Cyclone à la Jamaïque) est sans aucun doute Sammy going South, qui raconte le périple à travers l’Afrique d’un garçonnet orphelin (il perd ses parents dans les bombardements de Port-Saïd au début du film) pour rejoindre sa tante. Mackendrick est très habile pour saisir toute la cruauté du monde de l’enfance-  et tel qu’il se présente à l’enfant – sans pour autant réaliser un film réellement « à hauteur d’enfant » (les motivations des adultes qu’il croise sur son chemin demeurent pour la plupart très claires). Au début du film, la scène où Sammy revient précipitamment vers sa maison après les bombardements, est ainsi particulièrement belle : Sammy assiste, impuissant, à la sortie des corps des décombres par les équipes de secours et à la façon dont on les entasse, sans ménagement, dans un vieux camion. Il y a à ce moment quelque chose du Rossellini de Allemagne année zéro; un désabusement tout « adulte » qu’on devine sous le visage d’ange de Sammy et qui assombrissait déjà celui du petit Edmund perdu dans les décombres de Berlin.

Illustrations de moi-même : 1) d’après Sammy et 2) Mandy

3) Charlotte Garson : capture d’écran du bonus du DVD

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