« Margin Call »: thriller économique et kafkaïen 0


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Récemment, les films ayant pour sujet le monde de la finance ont pullulé sur nos écrans (Wall Street 2, Le capital, Cosmopolis): une vision toujours différente, mais souvent avec les mêmes poncifs: sexe et argent, traders= tous pourris, etc… Selon moi, aucun n’égale la réussite de ce premier film qu’est « Margin Call ». En quoi est-il si différent des autres ? Tout d’abord, le réalisateur a la très bonne idée d’appliquer la règle des 3 unités à son histoire, ce qui la rend plus vertigineuse. La caméra va en effet rarement quitter l’enceinte des bureaux de la firme « Tuld ». De plus le film se passe sur une journée: le spectateur va donc partager au plus près des acteurs (au sens propre comme au figuré) le cheminement de la découverte de cette crise. La nuit occupe la majeure partie du film. En ajoutant ce brillant choix artistique à un éclairage oscillant entre froideur et étrangeté, on obtient en quelque sorte une ambiance kafkaïenne, amplifiée par les personnages eux mêmes:Ni paniqués, ni franchement angoissés, ils sont dépassés par les événements qui leur semblent tellement exceptionnels, surnaturels, qu’un sentiment d’irréalité ce dégage du film. Les protagonistes rêvent-ils ou est-ce belle et bien la réalité ? Le monde de la bureaucratie est en tout cas dépeint avec force réalisme, ce qui crée un décalage presque onirique (encore une fois, cela ajoute à l’ambiance kafkaïenne). La réalisation, quant à elle, est relativement classique, même si de très bonnes idées de cinéma se dégagent par moments: le plan sur les toits de New York et beaucoup d’autres plans nocturnes.  Les acteurs sont réellement bluffants, de Paul Bettany à Demi Moore. Ils expriment tous si bien ce sentiment d’irréalité, d’être perdu au milieu des bureaux, de cet étrange monde de la finance et de la ville, monstre de gratte-ciels. Enfin, et c’est la force d’une écriture talentueuse: ils sont tous passionnants à leur manière, présentés avec leur personnalité, leurs forces et leurs faiblesses, comme une manière de redonner un peu d’humanité à ces traders si décries: de montrer leur individualité, en opposition au cliché récurrent de « la fourmilière ». On assiste à des scènes émouvantes, comme une pause dans les longues minutes de tension qui suivront : lorsque l’intransigeant directeur se rend chez le vétérinaire pour dire adieu à sa chienne décédée. La scène finale est d’un cynisme, d’une réelle intelligence: au lieu de finir classiquement sur des images des conséquences de la crise (nous n’en verrons jamais, l’histoire s’arrêtant aux appels des traders lorsqu’ils cherchent des acheteurs pour leurs spéculations à la baisse), la caméra se pose sur le patron, venu enterrer sa chienne en pleine nuit, dans le jardin de son ancienne femme: et la s’exprime réellement un sentiment d’absurdité de la vie qui met mal à l’aise et résonne longtemps dans la tête (les coups de pelle se poursuivent dans le générique final). Margin Call est une réelle réussite. Un vrai beau film de cinéma que je recommande aux passionnés d’économie, de cinéma, comme des œuvres de Franz Kafka.

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