Ne touchez pas l’instant 1


Ne touchez pas l’instant

 

Jambes qui se cassent dans les plis d’un déploiement

De corps soudés par des forces de traction

Mystérieuses Erinyes qui manient les organes

Comme le souffle, des mains de glaise

Qui se mêlent les unes aux autres pour créer

La forme d’argile qui brûlera dans l’ascension,

Corps en chute contrainte par la liquéfaction d’une peau diaphane

Catalyseur du rouge fumée, engrenage de tensions

L’orange sorcière, sur les planches en apnée

Fait d’une arme un chrysanthème fané

Qui saigne d’avoir si peu aimé

Et d’une chaîne dans le fer forgée,

Un arc de bois noueux

Décoche des lignes brisées,

Flèches du morcellement

En équilibre au bord de la grise falaise

Les pions de grès métamorphisés

Micaschistes de la ville défigurée

Un coup de baguette part

Et le miroir du Temps se fissure

Toutes les images ne sont plus que fadaises

Dans ce musée mi vivant mi mort

On accroche des fantômes comme on pend leurs assassins

On leur remet, au fond de boîtes enchâssées nos torts

Ectoplasmes du réel qui se balancent comme des pendules

Simples cartes à distribuer, esprits-tarentules

Les pattes se perdent dans des chemins tordus

Un œil trop profond pour treize bien trop vitreux

Craque sous les râles silencieux

La femme est l’inquisitrice

L’instigateur est l’Esprit

Le messager est l’enfant

L’enfant meurt sous les coups du mystère

Au fond des sédiments il faut trouver l’image

Manquante apparition, souvenirs crépusculaires

Fouiller le vide pour faire le deuil

Du Moment Parfait

Le recommencement est la mort de l’instant

Il faut dormir maintenant

Se coucher dans les draps de sable blanc

Mêler son corps au spectre des visages

Méduse accrochée au fond de la glace

Fermez les yeux, quittez vos places

Il y a trop à voir

Dans ce dédale de microcosmes

Il faut dormir à présent

Faire son lit au creux du limon

Blanchir les sombres pages

Chasser le Snark de son seuil

Comme on éloigne les chimères du songe

Renaître dans la pureté de l’instant

Prométhée oublie le feu

Sur le socle du recommencement

L’incendie n’aura pas lieu

Treize et demi ont englouti le Temps.


Un commentaire sur “Ne touchez pas l’instant

  • Répondre
    Weil

    Bonjour Maël,

    Un poème fleuve pour un film qui semble naviguer en eaux troubles. L’idée qu’il faut inventer un nouveau langage pour rendre compte de l’ambivalence de nos sensations comme  » ces jambes qui se cassent dans les plis d’un déploiement » me plait bien sûr. Ne pas toucher l’instant, serait-ce garder cette insouciance d’être témoin ou acteur du réel sans chercher à le posséder ,une posture esthétique qui nous inciterait à être plus humble sans tomber dans la dépendance ou la possession du modèle ? A méditer.

    Cordialement,

    Laure Weil

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